La porte est restée ouverte et elle est partie. Depuis longtemps je crois, je me rends pas bien compte.
L'ambiance est très différente de l'autre fois, beaucoup moins de monde, personne ne semble pressé, c'est très calme. Trop calme. Je sens que je vais m'endormir alongée là s'ils me font attendre trop longtemps. J'ai pas dormi la nuit dernière mais je suis assez fière du site. En ce moment, ils sont en AG, ils le visitent, et je pense qu'ils vont aimer.
M'endormir, c'est une idée, mais la lumière est trop vive derrière mes paupières. Si je mets la main sur mes yeux je vais me mettre du sang partout.
Lunar va avoir lu tous les tracs récoltés au premier mai maintenant. J'ouvre les yeux, il n'y a rien à regarder dans cette pièce. Une chaise, une tablette sur laquelle j'ai posé mon manteau et mon sac, une grande armoire bleue, quelques affiches médicales, un frigo pour les médicaments à conserver au froid, des consignes de bon usage du matériel qui doit être remis à sa place, une large palisse en carrelage blanc sous la fenêtre opaque. A coté de moi, sur une desserte, des ustensiles à usage unique.L'ambiance est très différente de l'autre fois, beaucoup moins de monde, personne ne semble pressé, c'est très calme. Trop calme. Je sens que je vais m'endormir alongée là s'ils me font attendre trop longtemps. J'ai pas dormi la nuit dernière mais je suis assez fière du site. En ce moment, ils sont en AG, ils le visitent, et je pense qu'ils vont aimer.
M'endormir, c'est une idée, mais la lumière est trop vive derrière mes paupières. Si je mets la main sur mes yeux je vais me mettre du sang partout.
Il arrive, il est gentil, juste causant comme il faut. Comme d'habitude, je regarde tous ses gestes, pour savoir, pour comprendre, faire passer l'anxiété que je ne sens pas. Il pose sur mon visage un grand papier verdatre, avec un trou au millieu. Ça ressemble à un poncho mexicain, sauf que par le trou il y a à peine la place pour ma bosse et sa belle coupure.
En fait ma peau a pas été coupée, elle a éclaté lorsque front a percuté le mur. De douleur, je suis tombée recroquevillée sur le sol. J'ai essayé de ne pas gémir, de ne pas me rouler sur moi-même, il fallait juste que ça passe.
Maintenant ça va, j'ai plus trop mal. Le medecin va essayer de mettre des petits fils pour que ça soit le plus discret possible. J'aimerais bien que personne ne sache que je suis la fille cachée d'Albator.
Non, effectivement, c'est pas la peine d'insensibiliser, c'est encore chaud et je suis pas trop douillette. Je me pose à chaque fois la question, de savoir si les gens sensibles ont vraiment plus mal ou s'ils vivent moins bien la douleur.
Il y a de drôles de bruits de plastique, des ombres passent derrière le poncho vert.
C'est mieux de ne pas voir. Des plaies et des bosses, j'en ai eu beaucoup lorsque j'étais petit garçon, j'aime bien l'eau oxygénée qui mousse et le sparadra, mais les points de suture pas tellement.
Combien ? Quatre sans doute. Au ton je comprends qu'on en est qu'au début.
Attendre seulement que ça se passe.. attendre et se détendre. J'essaie de reprendre le fil des fils.
Un ? Deux je crois, trois peut-être.
Encore un, ou pas ? Argg, ça tire, il fait un noeud là, c'est sur.
Trois au moins, s'il recommence c'est forcement le quatrième. J'arrive à suivre les étapes de ce dernier point, ça fait pas vraiment mal, c'est la tension qui est insupportable.
Tapote et désinfecte, le soleil vert se lève brusquement.
Toute étourdie je cherche lunar. Pauvre lu', c'est en me précipitant pour lui ouvrir la porte que je me suis pris les pieds dans mes vetements. J'aurais dû ranger les bordels du déménagement plus tôt. Si j'avais dormi au lieu de m'instruire j'aurais eu plus d'équilibre, si j'avais fait une pause au lieu de fignoler les détails du site j'aurais eu les idées plus fraiches. Si.. et si.. En même temps je suis de très bonne humeur en remontant dans la voiture, je pense à plein de choses stupides. Drôle de cadeau d'anniversaire pour mon parain-poule. J'ai pas eu besoin de raconter mille fois mon soucis aux urgences cette fois-ci, c'était écrit sur mon front. Je crois que j'ai jamais eu une aussi grosse bosse, c'est le moment de postuler pour le DEA de math. J'aimerais bien enlever le pansement pour voir ma tête de pirate.
Mon esprit a vagabondé jusqu'à ce soir. J'ai essayé de me concentrer pour discuter sérieusement, et j'ai fini, enfin, par renoncer. J'ai pleuré, mais je ne lui ai pas dit, je crois que je suis soulagée.
# Par Eve, le samedi 08/05/2004 à 22h02 ~ rss ~ Catégorie : Récit


# Par Lunar, le mercredi 12/05/2004 à 10h48