Souvent je repense à cette amie de troisième, à mon effarement lorsqu'elle m'avait dit qu'elle n'irait pas au lycée "parce qu'on avait besoin d'elle à la ferme et que les livres coûtent trop cher".
Les manuels scolaires sont une vraie mane financière pour les grosses maisons d'édition. En 6 ans, mon frère, ma soeur et moi sommes rentrés en seconde dans le même lycée. A chaque fois la liste de livres était un peu différente, tous les ans il y en avait qui ne pouvaient pas être revendus ni à la bourse des livres (propre au lycée) ni chez Gibert-Jeune. Périmés pour un chapitre ou deux, ils se sont entassés chez mes parents.
Plutot que de financer avec de l'argent public une industrie qui n'en a vraiment pas besoin, il me semble que ça serait plus malin d'officialiser un système d'échange entre professeurs. Sur le net, on trouve déjà des fiches méthodiques, des exercices types et des forums d'entraide pour préparer les cours. J'imagine une base de connaissance liée au programme officiel, avec un petit copy-left par dessus, tout le monde en profiterait. Les personnes qui se forment par elles-même, les éléves qui écrivent mal ou pas assez, les aides scolaires ayant besoin de références. Et puis surtout les jeunes professeurs, ou ceux qui changent de section.
Bon, pour vraiment remplacer les manuels scolaires, il faudrait un système d'impression à la demande, au niveau accadémique par exemple. Ou alors remplacer le papier par l'ordinateur, mais ça me semble pas forcement souhaitable à moyen terme. Reflechir aux coûts, en papier et en encre. Voir ce qu'on laisse aux élèves et ce qu'on récupère pour l'année suivante. A vue de nez ça serait rentable, si on prend en compte les livres qu'on ouvre jamais et le nombre de photocopies qui sont déjà distribuées.
Ensuite, se pose la question de la validation des supports de cours. Je suis sure qu'il y aurait plein de gens pour remplir des fiches, mais éviter que ça ne devienne une grosse masse de trucs inutilisables suppose un peu de structure. Cette question est délicate, mais pas insurmontable. Le problème se pose déjà lors de la définition des programmes et la rédaction des examens nationnaux, et puis les professeurs sont d'anciens bons élèves, plutôt disciplinés.
Par ailleurs, il me semble souhaitable que les sites non-officiels, ou locaux, ou propre à un courrant pédagogique continuent à fleurir.
Derrière tout ça, il faut un système informatique qui soit le plus discret possible tout en supportant la charge d'un mamouth, voir deux ou trois si on élargit l'audience comme je l'ai fait plus haut. Il y a là un vrai défit technique, qu'il ne faut pas chercher trop vite à résoudre par des solutions matérielles ou même logicielles. La solution évidente, une infrastructure centralisée, serait beaucoup trop lourde à mettre en oeuvre (et à maintenir).
Je partirais plutôt sur une architecture sémantique adaptée aux programmes scolaires. Pour le web sémantique, c'est un cas d'école interessant. La structure existe déjà en esquisse : les domaines, les types de données et les relations sont assez bien définis. Dans un deuxième temps, il faudrait penser un réseau de confiance pour signaler les données officielles ou approuvées par des pairs. C'est seulement après quelques experimentations sur ce modèle qu'il serait interessant de mettre en place des serveurs institutionnels référençant les contenus validés.
Je me demande si c'est un projet faisable. Et sinon, à votre avis, combien de milions vont être offerts à Hachette par les conseils régionaux dans les années à venir pour des supports qu'on a même pas le droit de reproduire ?
# Par Eve, le lundi 19/07/2004 à 09h56 ~ rss ~ Catégorie : Société
Réactions
# Par AlexX, le mardi 20/07/2004 à 06h56
Personellement, je suis pret à parier tout en ce que je crois, que l' ordinateur ne pourra pas remplacer le bouquin, même en tant que manuel scolaire.
Un système d'impression à la demande, pourquoi pas ? Mais un truc comme ca ne va pas imprimer des bouquins entiers, mais des chapitres.
Et un bouquin (meme un manuel de math), est beaucoup plus qu' une colection de chapitres ou d' exercices.
C' est aussi une question d' attitude, de respect et d' amour envers le livre que l' on donne au plus jeune âge. un ensemble de papiers sorti d' une imprimante laser est meme agrafé qu' un ensemble de papiers ( sur lequel je peux griffoner ce que je veux, ou arracher un petit bout pour me curer les dents), alors qu' un livre est UN LIVRE!.
La on touche à un problème fondamental. Le prix de l' éducation (sous la forme du prix des bouquins et manuels) est à mon avis un des derniers obstacles afin que l' éducation soit VRAIMENT ACCESSIBLE à tout le monde, et enlever cet obstacle serait vraiment une bonne chose. Mais c' est les solutions à ce probléme qui me gênent et me rappellent étrangement l' invention du fast-food et de la production en masse d' aliments de basse qualité pour nourrir les masses pauvres.
Après la malbouffe, la maléducation ?
# Par oppi, le mardi 20/07/2004 à 10h48
Voila bien un thème de débat parfait pour les longues soirées d'hiver : l'éducation touche ou intéresse
beaucoup de monde en France... Et tes propositions sont forts intéressantes. J'attends de lire des
commentaires un peu plus argumentés que les miens ! :)
Pour l'heure, je voulais juste signaler l'existence d'un passionant documentaire sur les liens entre
programmes scolaires, informatisation et commission européenne : 'Le cartable de big Brother' de F. Gillery
(http://www.mediacritik.com/fiche_media.php?id_media=2203). Bonne continuation ! :)
# Par Eve, le mardi 20/07/2004 à 14h34
Si si, l'impression à la demande sert justement à imprimer des vrais livres. Je crois qu'on ne parle pas de la même chose Alexx, c'est pas le manuel qui fait l'éducation.
Tu sembles apprecier une certaine vision de l'éducation, très traditionnelle. Cela correspond à certains professeurs, et plus à certains cours qu'à d'autres. En tous cas ça n'est pas forcément lié avec le fait d'utiliser des livres, surtout quand ces livres sont imposés au professeur.
J'ai encore sous la mains les cours de mon prof de math de terminale, tous bien rangés par chapitres. Ce cours est parsemé de photocopies. Parce que le manuel plein de couleurs qu'on lui demandait d'utiliser n'était pas adapté à la struture de son enseignement.
Dans un autre genre, ma prof d'anglais de première était très "moderne". Elle préférait nous faire travailler sur l'actualité, et nous distribuait régulièrement des articles récents d'un bien meilleur niveau que les textes du livre. J'estime qu'on y a pas perdu au change.
Si tu regardes les manuels récents, ils ressemblent de plus en plus à des magazines et de moins en moins à de livres que tu pourras ressortir pour instruire tes petits enfants. J'adorais mon vieux Gaffiot, c'était celui de ma mère, le latin n'a pas beaucoup changé dans l'intervalle. Par contre mes manuels de sciences on été inutiles à mon frère lorsqu'il a vaguement essayé de travailler par lui-même, ils ne sont pas structuré pour être des ouvrages de référence.
Là on peut parler de maléducation si tu veux, et surtout de gaspillage. Alors qu'un support choisi par le professeur, qu'il soit relié d'un bloc ou collé dans un cahier au fur et à mesure de l'avancement du cours, est bien plus utile. J'aimerais que les professeurs aient le choix sur le support, et qu'on arrête de filler systèmatiquement des sous pour une "nouvelle édition" d'un livre dont on a changé trois couleurs et un titre. A mon avis, il nous manque pas grand chose pour tomber d'accord.
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# Par dgn, le lundi 19/07/2004 à 15h42