
Quelques heures autour d'une tisanne au milieu de la nuit, pendant que les habitants des Tanneries dormaient, nous avions commencé à vraiment bien nous entendre. Rendez-vous à Paris, fontaine Saint-Michel, pour prolonger la discussion.
Quand je la retrouve là, son vélo à la main, je me souviens qu'elle n'était pas une simple touriste à qui je vais pouvoir faire découvrir le quartier latin.
J'ai déjà mangé avec ma mamie et mon frère. Elle a faim et m'entraine vers le libanais le plus proche où elle a ses habitudes.
Je m'amuse pendant qu'elle compose son sandwidch.
Clic. Clic. Pardon monsieur, je voudrais photographier le cornet de frites. Clic. Merci. Clic.
Mmmm, trois mois à Paris, avion pour Toronto dans trois jours, il lui reste forcement des choses à voir avant de partir.
Parvis de Notre-Dame, elle mange, je parle.
Mon anglais est étrange, ça ne semble pas la déranger. Quand elle fronce les sourcil, j'explique un peu de français et ça la fait sourire.
Je fini son sandwich, elle fixe des massues enflammées.
Elle me dit que c'est étonnant, un jongleur, comme ça, devant une église.
Hugo, forcement. Oui, elle a lu Notre-Dame, mais pas les autres.
Nous traversons la Seine. Elle veut exercer son français, je vais lui présenter ma mamie.
En passant sur le pont dans l'autre sens, j'ai vu un artiste penché sur le sol. J'avais cru deviner un bonnet à grelot.
D'un bon je suis sur le banc, d'un clic l'image est dans la boîte. La photo est impécable, mais il n'y a pas de saltimbanque.
L'artiste me sourit lorsque je descends, il respire la gentillesse. Je le remercie sans être sure qu'il me comprenne. Quelques sous dans son gobelet de plastique.
Rue du Temple, Mamie est assise au milieu des parapluies. Mamie connait toute la rue, tous les grossistes. Elle m'entraine en face, pour choisir des foulards.
Prends en un pour ta soeur, vous vous arrangerez. Bon, un de chaque, et on verra bien.
Ma canadienne est un peu perdue, on va pas rester trop longtemps. Juste le temps de voir un des cousins, une des cousine et une amie-de-la-cousine que j'avais pas vu depuis..
.. si on compte on va avoir peur .. j'ai des nouvelles de toi parfois .. pareil .. une bise, et on se revoit avant .. mmm, 10 ans en fait, c'est dingue ..
Pour la suite, je viens d'avoir une idée. Je propose le musée Victor Hugo.
J'aime cet endroit. Pas très grand, un peu sombre. Le craquement du parquet.
C'est combien ? Un sourire.
Les photos sont interdites, j'imagine ? Sans le flash.
Oui, vraiment j'aime cet endroit.
Mon amie déchiffre les écriteaux, je l'aide. Je ne traduit pas, je résume, je commente.
Derrière le verre quelques manuscrits, des écrits contre la peine de mort, des éditions originales.
Je n'arrive pas à faire entrer les tableaux dans ma boîte à image. Je renonce, japoniaiserie. L'image est déjà, certainement, sur le net.
J'ouvre grand mes yeux. Sans cette peinture, je n'aurais probablement jamais eû l'idée de tremper un pinceau dans l'encre de Chine. J'ai commencé à l'encre noire, j'ai essayé de reproduire cette tour sans y arriver. Depuis j'ai acheté des couleurs, je ne dessine rien de montrable, mais je m'exprime. Ce tableau là me touche sans que je sache lequel de nous deux est spécial.
Au deuxième étage, les appartements où la famille Hugo a vécue. Pas dans l'état d'origine, sauf pour la toute dernière pièce, la chambre, qui a pu être reconstituée. Il y a les panneaux de bois qu'il a scultés et peints pour sa maîtresse, les médailles de son père, les photos faites par ses fils..
Calmement, le personnel ferme les volets. De les découvrir si nombreux, si consciencieux, j'entrevois la valeur monétaire des pièces exposées. Je me suis adressée à deux d'entre eux tout à l'heure, autant le premier s'est montré volubile, autant le second était droit et concis. L'endroit devient plus sombre encore, les volets craquent et claquent, l'atmosphère s'alourdi. Nous sommes chassées sans un mot.

Un bout de pelouse place des Vosges jusqu'à ce que le vent se lève.
Deux parts de tartes dans un café.
L'après-midi est bien finie.
Un sourire, deux bises. Take care.
# Par Eve, le jeudi 12/05/2005 à 21h42 ~ rss ~ Catégorie : Récit

# Par doris, poissonne-lune, le lundi 16/05/2005 à 20h07