La fois où je me suis forcée à retrouver les mots

Ce fut un ami, un amoureux, un amant, avant qu'il ne m'explique que j'avais étée une grenouille sur laquelle il faisait des experiences. Vous me croirez ou non, ça ne m'a pas vexée. On avait fini par bien se connaitre.
Du fond de mon précipice, c'est à lui que j'ai écrit, en souvenir de l'étude 21 et des fois où il avait "emprunté" mon journal intime. Je n'ai jamais envoyée la lettre, je ne lui ai pas apportée quand je l'ai revu. Les choses ont changé un peu. A ce moment là, je l'avais cachée sous une tonne de pudeur, aujourd'hui je l'envoie sur le net.

J'ai dit parfois qu'il faudrait que j'arrive à retracer les étapes de ma chutte et de ma remontée, mais le coeur je l'ai déjà écrit, là.


11-04-2000

C.,
Je me permet de t'importuner, si tu le souhaites ce sera la dernière fois. Je vais donc tacher d'être directe et le plus claire possible.
Est-ce que je peux encore te compter parmis mes amis ? Est-ce que si je te disais que là, maintenant, j'ai besoin de ton écoute tu ferais l'effort de chercher à me joindre ? Est-ce que ça change quelque chose pour toi que je souhaite prendre de tes nouvelles ?

J'hésite beaucoup à me livrer à toi, d'abord je ne sais pas si revivre l'horreur en te la racontant me libererait complètement ou me démonterait un peu plus, ensuite parce qu'à ne plus te parler directement je me demande si tu as encore une once de curiosité, de sympathie ou de compassion pour moi. Pourtant, bien qu'incertaine de tes réactions, j'ai besoin de t'en dire un peu plus. J'ai enormement d'amis ou de soutients par ailleurs, mais j'ai si bien appris à me cacher en moi-même ces dernières années que je ne suis plus sure d'être complètement sincère lorsque je m'exprime, même face à moi-même.

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Le logue

J'ai fait un truc important cette nuit, j'ai écris à ma soeur.
J'avais pas écrit de vraie lettre depuis longtemps. Une vraie lettre ça veut pas forcement dire sur papier, ça veut dire avec son âme, sans s'arrêter jusqu'à plus avoir de souffle. Enfin si, j'avais écrit des lettres, mais pas avec l'intention de les poster vraiment.

On devrait faire ça plus souvent, écrire aux gens qui nous entourent. Je l'ai fait beaucoup pendant ma dernière année de lycée. Le dialogue est vraiment pas le même. Le corps se tait, il n'y a plus de possibilité d'empathie immédiate, de paroles reçues avant d'avoir été dites. On murmure les phrases dans sa tête juste quand les doigts les posent. On approche du coeur, et les mots font comme un écho, une musique.

Une fois plongée dans la transe, il n'y a pas beaucoup de différence entre la lettre qu'on couche sur le papier et celle qu'on fixe sur l'écran. J'en ai noté juste une vraiment. Je ne faisait pas de brouillon de lettre, mais je la recopiais au premier, parfois au second dérrapage. J'avais toujours l'intention de la recopier telle quelle, sauf les dernières phrases, mais en fin de compte toute la lettre mutait et devenait très différente d'une version à l'autre. Alors que le mail n'est qu'un grand dérrapage, un brouillon jusqu'à l'avant-dernière seconde.

Evidemment, s'il n'y a qu'une lettre, s'il n'y a pas d'échange, on ne peut pas parler d'un dialogue. Pourtant l'écriture s'achève de la même façon, d'elle même, lorsque les passions ont été exteriorisées. C'est un logue qui essaie d'être au diapason. Des fois ça sonne juste, des fois ça sonne mal. Des fois on envoie, des fois on envoie pas.

C'est étrange les mots, la vie. C'est étrange les gens. Mais le plus étrange de tout, c'est soi dedans.