Comme tous les petits serpents sorti de l’œuf, il faillit bien des fois se faire manger par de grands rapaces, mais par chance il y survécu et à chaque fois un frère ou une sœur était dévoré à sa place. Il faut dire qu'ils étaient en tas au tout début de leur petite vie. Il ne faut pas croire qu'il avait de la peine, il ne les connaissait pas. Il était simplement soulagé de ne pas être à leur place. Pourtant le pire restait à venir. En effet, la faim se faisant ressentir il parti à l'aventure à la recherche d'un insecte ou deux en attendant d'être assez grand pour avaler des souris puis des lapins. Les serpents dorés adultes sont très grands et peuvent étouffer un chien en quelques minutes.

Je vous fais grâce de tous les dangers auquel il échappa dans la jungle, de tous les pièges monstrueux qu'il évita parfois sans même les voir ; jusqu'au jour où serpentant parmis les herbes pour trouver sa pitance, une ombre vint s'interposer entre le soleil et lui, levant ses yeux dorés fendus dans la largeur il vit un immense dragon bleu qui le regardait. D'abord il prit peur, mais alors que le dragon bleu l'observait attentivement, il vit l'éclat argenté de ses yeux, l'équilibre harmonieux entre son corps et ses ailes et le lustre de ses écailles.
Alors le petit serpent doré tomba amoureux du dragon bleu.
Peut-être le dragon bleu avait-il déjà mangé, peut-être le regard transi du petit serpent doré l'ému, toujours est-il qu'il l'épargna.

A partir de ce jour le petit serpent doré fut malheureux, il n'avait de répit que lorsqu'il pouvait voir le dragon bleu, mais il dû pour cela quitter sa forêt familière pour gagner les montagnes où le climat ne lui convenait pas. Et le dragon parcourant de grandes distances grâce à ses ailes alors que le serpent doré ne pouvait que serpenter, ils ne se croisaient pas souvent. Surtout que le dragon bleu, s'il avait vu le manège du serpent doré ne faisait que l'ignorer en souriant.

Du plus haut qu'il était dans le ciel, le serpent doré savait reconnaître son dragon bleu de tous les autres êtres volants, mais cela ne lui servait pas à grand chose et il su bientôt qu'il ne pouvait plus vivre ainsi.
Ah, si seulement il avait pu être un dragon lui aussi, volant parmi les nuages...
Ah, s'il avait pu être mangé par le dragon bleu lors de leur première rencontre, il n'aurait pas à se poser de question maintenant.

Il confiait ses peines aux cailloux et aux arbres qui ne lui répondaient jamais.
Pourtant un jour, une petite pierre fut prise de pitié, profitant d'un vélo qui passait par là elle se projeta sur la tête du serpent doré, juste là où l'os est le plus fragile et le serpent doré mourut.

Ne cherchez pas de morale, il n'y en a pas. J'ai dit que j'en avait assez des contes avec une morale à la fin.

Écrit pour une amie, cours de philo, 1995.